Allons nous découvrir une nouvelle sensation venue d’outre-Atlantique ou n’est-ce qu’un feu de paille ? En regardant de plus près la musique des américains Brigitte Calls Me Baby, il y a largement de quoi alimenter la controverse, avec bataille d’arguments des pour et des contre. Comment cela ?
Pour être très honnête, je n’avais jamais entendu parler de ce groupe. Jusqu’au moment où j’ai vu qu’ils allaient assurer la première partie de Morrissey au Zénith de Paris et, qu’en plus de cela, j’avais donc raté la sortie de leur premier album The Future is Our Way Out, paru début 2024. La curiosité pour un groupe avec un tel nom me pousse, alors, à me rattraper sans tarder. Et bang! Il ne me faut pas plus de trois minutes chrono pour identifier clairement ce que j’écoute. Mon esprit retors me prédit aussitôt que ma chronique va peut-être faire un peu hurler dans les chaumières ou dans les alcôves et qu’en plus, cela va être amusant de lire les réactions…Oui, parfois je m’amuse d’un rien. Comme l’aurait dit Raymond Souplex (les vieux comprendront) : « bon sang mais c’est bien sûr… ».

Morrissey, Elvis, Roy Orbisson, Brandon Flowers (The Killers)…sortez de ce corps ! Ahahah…mais non, en fait ce n’est pas grave, ce sont de vrais chanteurs ceux-là et Wes Leavins, front man de Brigitte Calls me Baby, est un chanteur qui chante vraiment bien. Je ne vais pas lui enlever ça, c’est rare en ce moment… Parce que je suis suffisamment intransigeant, voire ayattolesque sur cet aspect. J’ouvre une parenthèse : Vous aurez peut-être noté, vous aussi, que la tendance actuelle serait plutôt aux lead singers qui s’expriment sur un ton monocorde ou éructent (parfois ), au contraire, parce qu’ils se croient soudain habités par l’esprit de Ian Curtis, icône mythique? Ouaip! Tout ça sans véritable ligne mélodique, hélas… Pour pousser encore un peu, même Bernard Sumner, des non moins essentiels New Order, qui est loin d’être un cador du chant, a réussi à poser en son temps des mélodies dignes de ce nom. Aujourd’ hui , je cherche…( fin de parenthèse). Un bon point pour Wes Leavins.
Bien sûr, le chant et les mélodies sont importants! Dans le pop/rock ils emportent aussi le morceau. Il est vrai qu’en l’espèce Leavins dandine sacrément du gosier. L’écoute des onze titres de l’album va enfoncer le clou, car certaines chansons n’auraient pas fait tache dans la discographie de Morrissey ou de The Smiths. Soyons clairs: le garçon emprunte. Par moments, c’est presque le même phrasé que celui du Mozz qui vient à nous. On entend à la fois chez Leavins , du Morrissey et de l’ Elvis Presley – une influence des deux chanteurs évidente -, ainsi que du Roy Orbisson pour une certaine grandiloquence 60’s… Le hic, c’est qu’on perçoit tellement ces réminiscences que cela pourrait presque en devenir gênant.
Une première question se pose : sommes- nous en train d’écouter un hommage ou une vénération qui vire au mimétisme incarné ? Certains artistes nous marqueraient-ils au point de déteindre sur notre expression à notre insu? Ici, il n’y a pas que la voix qui interpelle. Car tout au long de l’album on entend des envolées de guitares à la Johnny Marr, l’excellentissime guitariste et compositeur de The Smiths, encore. La carrière solo de Marr étant plus qu’estimable, forcément certains titres vont en rappeler d’autres du passé mancunien. Rebelote! Je vous laisse les découvrir par vous-même. A la fin c’est presque un quizz musical qu’on écoute … A ce stade je me pose encore une question d’importance : mieux vaut-il être original mais sans grande saveur, comme beaucoup de groupes, ou bien « être bon » avec un son et un répertoire qui rappelle le temps des grandes heures, jusqu’à friser la copie ? Diantre! Ce débat ne serait-il pas toutefois biaisé par ce que cela ravive en nous (je parle des plus vieux auditeurs…) ? Ce bonheur passé que l’on rechercherait secrètement à revivre ? Vous avez quatre heures !
Quitte à enfoncer une nouvelle fois le clou, en tant qu’homme d’image, je n’ai pas loupé un mimétisme qui ne se cantonne pas seulement à la musique. Il impacte de même certains visuels qui reprennent un tantinet l’esthétique Smiths/Morrissey avec les portraits de jeunes hommes, aux cadrages plus ou moins similaires (cf les visuels des singles)….Hum hum… Pourquoi se priver après tout ? Quand on aime… Bref, nul n’est absolument spontané. Surtout pas dans le rock (?)
Après cet argumentaire qui , normalement, pourrait en amener plus d’un à passer son chemin ou tout au moins à ne pas s’attarder plus que de raison, allez tout de même écouter The Future is our way out. Car pour conclure, rien n’est absolument rédhibitoire. En ce qui me concerne la chose est entendue : A chaque écoute, j’aime. Je vous étonne ? Cerise sur le gâteau, la reprise d’un tube de George Mickael « Careless Whispers » en version accélérée qui est juste parfaite. Je vous étonne sûrement, maintenant…
Les américains de Brigitte Calls Me Baby ravivent le secret des mélodies de guitare et de chant et leurs chansons font mouche, en 3’30 ! Ca durera ce que ca durera, mais c’est sacrément revigorant et entrainant…et de toutes les manières, c’est la vibe que je préfère ! Du déjà entendu mais du rafraîchissant . Allez salut maintenant !
https://brigittecallsmebaby.bandcamp.com

« Musicien d’alcôves tel un Winslow Leach, mais moins torturé (quoi que!) et sans Swan. Musicalement en solo mais avec ses fantômes. Autre expression artistique: Photographie. Couleur : 50 nuances de noir. Drogues indispensables : Rock’n’roll (quelle qu’en soit l’apparence), des mélodies et un peu de style ! «