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Disques

Bertier / Machine Ronde & Machine Live

Bertier vient de sortir un ep live Machine live , illustration en public en quatre morceaux de son dernier album. L’occasion de revenir sur cet opus,  Machine ronde , quatrième album studio de l’artiste belge, paru au printemps 2024, magnifiquement composé et joué par Yan Péchin, guitar hero que l’on ne présente plus !… Et pourquoi pas après tout ?

Yan Péchin, c’est ce guitariste virtuose, peintre en émotions, expert dans la colorisation d’atmosphères… Erudit de musique, aux influences très éclectiques, Yan a tout digéré, du rock’n’roll des années 50 au glam rock en passant par le post punk et d’autres qui ont enrichi sa palette créative. On ne compte plus ses collaborations prestigieuses : ancienne fine gâchette de Miossec, débauché par Bashung en 2003, alors qu’il constituait l’équipe de galactiques destinée à vivre avec lui sa Tournée des Grands Espaces ; Bashung qu’il accompagnera jusqu’à sa dernière scène aux Victoires de la Musique en 2009 et dont il continue fidèlement à servir la mémoire. Depuis lors, on ne compte plus les prestigieuses collaborations de Yan, que l’on a vu successivement aux côtés d’Higelin, de Brigitte Fontaine, de Rachid Taha ou encore de Thiéfaine… et qui à côté de cela, ne rechigne pas à mettre son talent au service de productions indépendantes ambitieuses, qu’il s’agisse de Chloé Mons, de la regrettée Buzy, de l’écrivain Alain Damasio ou encore de Bertier auquel il livre là « … de solides compos d’un romantisme fou » dixit le quotidien Belge Le Soir, par la plume aiguisée de Thierry Coljon, expert musical es qualités. J’acquiesce !

Bertier et Yan Pechin – photo Pierre Jérôme Adjedj

J’ai découvert Bertier lors d’une virée dans l’Auxerrois où j’avais suivi par curiosité un déplacement de Yan Péchin qui l’accompagnait au Cabaret l’Escale à Migennes. Pour l’occasion, Yan Péchin avait embarqué Jean-François Assy, violoncelliste extra-terrestre, lui aussi compagnon de la tournée des Grands Espaces. Ca devait être en 2015 ou 2016, après la parution du premier album de Bertier, Dandy , sur lequel Yan avait déjà posé sa guitare. Le début d’une longue collaboration, puisqu’il allait jouer sur les deux albums suivants de Bertier ( Anna & Roby  en 2017 puis  Feu.e  en 2020) avant de franchir un pas supplémentaire en composant et réalisant ce quatrième album.

Alors qui est Bertier ? « Pop-Rock lettrée faussement désabusée » dit la page Facebook du groupe. Parfaitement résumé !

Mais plus qu’un groupe, Bertier est un collectif -d’origine belge- constitué autour de Pierre Van den Dungen (communément appelé Pierre Dungen), docteur en Philosophie et Lettres, écrivain-chanteur, ainsi que de sa compagne Lara Herbinia, photographe de talent et 2ème voix de Bertier ; Bertier est un grand creuset, sorte d’auberge espagnole où des amis viennent poser leur art… et qui y pose son talent devient membre du collectif. C’est un projet pluridisciplinaire qui associe musique, littérature, photographie et images, comme en témoigne le film post apocalyptique de Lucas Racasse, cinéaste belge, réalisateur du court métrage « Machine ronde », dont la bande originale a été signée par Yan Péchin sur la base des chansons de l’album. Sélectionné dans plusieurs festivals internationaux, le film aurait pu s’appeler Dark Globe, tant est noire sa vision, qui cligne souvent de l’œil vers de grandes œuvres d’anticipation, littéraires ou cinématographiques.

https://www.lucasracasse.com/mdb-short-movie

A mon oreille, ce quatrième album de Bertier est le plus abouti. Avec des textes plus directs que sur les précédents, plus musicaux pour un meilleur impact des mots. Les ambiances peintes par Yan Péchin soulignent « l’insoutenable légèreté de nos vies » (Gaïa), responsable de nous avoir menés jusque-là ! Car comme son titre l’indique, « Machine ronde » c’est la terre, image empruntée à la fable de La Fontaine, « La mort et le bûcheron » : « plutôt souffrir que mourir » dit l’homme (pour qui veut la ref, je dirais « Allez, continue comme ça / Continue, comme ça / Avale, me disais-je / Allez, avale / Allez au diable, je m’appelle Samuel Hall, Je vous déteste tous »).

Très présente tout au long de l’album et particulièrement en avant sur certains titres, la 2ème voix de Bertier souligne le trait d’urgence ; Lara Herbinia, également réalisatrice des pochettes des deux albums, qui font ressortir les sillons creusés de la terre, à fleur de peau du visage de Pierre, avec sa rétine bleue pour planète centrale.

Un album peuplé de références littéraires, où la poésie des textes de Pierre Dungen, à l’écriture ciselée, est superbement servie par la direction musicale très inspirée de Yan Pechin, venu avec ses complices depuis la tournée des grands espaces, Arnaud Dieterlen à la batterie et Bobby Jocky à la basse. Un album de guitares -mais pas que, des guitares parfois très présentes et démonstratives, tantôt discrètement minimalistes, sans oublier la présence subtile des claviers de Romain Thorel.

« Baby Relax » Clip officiel, l’appel de la beauté qui précipite à l’absurdie et au chaos, au nom de nos synapses.

Dans la mise en scène des 4 titres live, Pierre Dungen et Lara Herbinia se sont entourés de Jean-François Assy au violoncelle, Geoffrey Hautvas à la guitare électrique et Yvan Rother à la guitare acoustique. De quoi découvrir l’album de façon plus dépouillée, mais avec ce violoncelle atmosphérico-stratosphérique, conducteur d’émotions pilaires.

Deux très bons albums et un « groupe » à découvrir, en playlist ou sur scène.

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